Un blogue fait par et pour les élèves du collège Marcel Aymard, pour leurs amis, leurs parents et tous ceux, curieux et bienveillants, qui ont envie de découvrir ce que rêvent, pensent, sentent... et écrivent les jeunes plumes.
Affichage des articles dont le libellé est nouvelle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nouvelle. Afficher tous les articles

Cauchemar en jaune (bis)


Le réveil sonna à six heures précises. Ce matin-là n’était pas comme les autres. Elle l’attendait depuis déjà un moment. Il y avait un mois qu’elle avait commencé à tout préparer, tout planifier pour ce grand jour. Ce fut donc avec un sourire aux lèvres et une bonne humeur non dissimulée qu’elle alla retrouver son mari, en pleine réflexion devant son café depuis un bon quart d’heure. Il avait l’air soucieux, comme s’il était en train de se remémorer quelque chose qui lui tenait à cœur. Elle s’approcha de lui en virevoltant. En temps normal, c’était une femme heureuse, franche et d’un bon caractère. Elle aimait de tout son cœur son mari, même si celui-ci restait quelque peu indifférent aux petits mots ou attentions qu’elle lui adressait. Elle l’embrassa sur le front, s’assit en face de lui et, la mine réjouie, le regarda droit dans les yeux. Il consentit finalement à lever les siens, et elle lui dit d’un ton joyeux :
« -Bon anniversaire mon chéri… »
Il resta comme abasourdi pendant deux à trois secondes, puis, brusquement, avala son café et se leva. Il se dirigea vers la sortie et, avant de partir, se retourna et articula un merci, froidement, avant de claquer la porte. Elle fut d’abord surprise par sa réaction, puis se dit, tout naturellement, qu’il devait avoir reçu pas mal de coups de téléphone dans la matinée à cette occasion, et qu’il en avait déjà assez qu’on lui souhaite un bon anniversaire.


Toute la matinée, elle s’activa à tout préparer dans le salon. Elle avait tout prévu. Elle avait organisé cette journée depuis des mois et elle l’attendait avec impatience. Elle sortit les guirlandes et les bougies de son placard, arrangea les fauteuils et les canapés comme elle l’avait planifié.
L’après-midi, tout était prêt. Elle commença donc à s’occuper du gâteau d’anniversaire. Elle le décora avec de petites pâtisseries, ainsi qu’un énorme « 40 », trônant au milieu de la crème chantilly. Pour être sûre que tout serait parfait, elle se fit confirmer par téléphone que tous les invités viendraient bien à la soirée organisée après le dîner au restaurant qu’elle avait prévu de faire en tête-à-tête avec son mari.
Elle s’était échinée à contacter tous les amis, proches ou éloignés, les collègues de travail, et même les anciens camarades d’école. En tout, ils seraient quarante et ce n’était pas par hasard. Ils lui assurèrent qu’ils seraient tous là pour vingt-heures trente. Son mari était né à vingt heures quarante-six.
Elle passa une fois de plus en revue le moindre petit détail de ses préparatifs. Elle s’aperçut tout à coup que la lumière du salon avait quelque chose de particulier. En regardant mieux, elle comprit que c’était l’ampoule de la vieille lampe pendue au plafond qui donnait une vilaine couleur jaunâtre à l’ensemble des bougies. Elle voulut la changer, mais regarda l’heure : il était dix-neuf heures. Elle était en retard pour aller chercher son mari au travail. Elle renonça à changer l’ampoule, attrapa son manteau et se précipita hors de la pièce.


Son mari ne parut pas enchanté lorsqu’elle lui annonça qu’elle l’invitait au restaurant. Elle lui dit alors qu’il devait avoir passé une longue journée, qu’un bon repas au restaurant lui ferait du bien, et il finit par accepter. Elle faillit lui annoncer qu’une surprise l’attendait en rentrant chez eux, mais réussit à contenir son impatience. Il ne fallait pas gâcher la fête.
Le repas se passa sans encombre, hormis le fait qu’il avait l’air impatient d’en finir. Mais elle ne voulut pas tout de suite quitter le restaurant, pensant qu’il était encore trop tôt pour partir. Elle voulait laisser le temps aux invités d’arriver.
Ce fut donc seulement vers vingt heures trente qu’ils sortirent enfin. Son mari voulut prendre le volant de la voiture. Elle le laissa faire, étant donné que c’était son anniversaire. Il roula vite, prenant les virages trop serrés, et consultant sa montre en permanence. Elle lui demanda alors si quelque chose n’allait pas mais il répondit sèchement qu’il allait très bien. Elle se crispa à son siège en regardant droit devant elle. Il savait très bien qu’elle avait peur en voiture et pourtant il roulait beaucoup trop vite. Elle s’imagina qu’il voulait arriver à la maison avant l’heure de sa naissance ; elle s’en réjouit : après tout, cela correspondait parfaitement à ses plans.

En arrivant devant chez eux, elle se précipita hors de la voiture et respira un grand coup. Son cœur battait à toute vitesse et, d’un coup, elle prit peur. Il faisait sombre dans la rue. Seul un lampadaire à la lumière blafarde éclairait vaguement le trottoir. Elle se rasséréna en pensant à tous les invités qui attendaient certainement avec impatience leur arrivée. Elle se retourna vers son mari, se demandant ce qu’il fabriquait. Elle l’entendit qui farfouillait précipitamment dans le coffre de la voiture. Elle se retourna vers la porte de la maison en cherchant ses clefs dans son sac. A nouveau elle eut peur. Elle se demanda ce qui lui arrivait ; c’était idiot de sa part de paniquer ainsi pour un simple anniversaire. Elle trouva sa clef, et au moment de la glisser dans la serrure, se retourna brusquement. Une ombre terrifiante se dressait au-dessus d’elle, brandissant une matraque. Le choc fut tellement fort qu’elle n’eut pas le temps de crier. Elle eut l’impression que sa tête allait exploser et s’effondra dans les bras de son mari, dont le visage grimaçait, rayonnant d’une joie cruelle qui lui transperça le cœur. Les secondes qui suivirent furent très rapides. Ses tempes tambourinaient et elle se sentait partir. Pourquoi ? Pourquoi l’avait-il assassinée ? Elle ne le saurait jamais.

Elle entendit son mari ouvrir la porte de la maison et, à travers le brouillard qui emplissait ses yeux de plus en plus vite, aperçut la lumière jaunâtre du salon, et les silhouettes des quarante invités qui, brandissant leurs cadeaux à bout de bras, criaient en chœur : « -Surprise ! »

Rachel (Troisième)
d'après "Cauchemar en jaune" de Friedrich Brown (avec changement de point de vue)

Sur l'eau... suite fantastique



                    Le fleuve était parfaitement tranquille, mais je me sentis ému par le silence extraordinaire qui m'entourait. Toutes les bêtes, grenouilles et crapauds, ces chanteurs nocturnes des marécages, se taisaient. Soudain, à ma droite, contre moi, une grenouille coassa. Je tressaillis : elle se tut ; je n'entendis plus rien, et je résolus de fumer un peu pour me distraire. Cependant, quoique je fusse un culotteur de pipes renommé, je ne pus pas ; dès la seconde bouffée, le cœur me tourna et je cessai. Je me mis à chantonner ; le son de ma voix m'était pénible ; alors, je m'étendis au fond du bateau et je regardai le ciel. Pendant quelque temps, je demeurai tranquille, mais bientôt les légers mouvements de la barque m'inquiétèrent. Il me sembla qu'elle faisait des embardées gigantesques, touchant tour à tour les deux berges du fleuve ; puis je crus qu'un être ou qu'une force invisible l'attirait doucement au fond de l'eau et la soulevait ensuite pour la laisser retomber. J'étais ballotté comme au milieu d'une tempête ; j'entendis des bruits autour de moi ; je me dressai d'un bond : l'eau brillait, tout était calme.
    Je compris que j'avais les nerfs un peu ébranlés et je résolus de m'en aller. Je tirai sur ma chaîne ; le canot se mit en mouvement, puis je sentis une résistance, je tirai plus fort, l'ancre ne vint pas ; elle avait accroché quelque chose au fond de l'eau et je ne pouvais la soulever ; je recommençai à tirer, mais inutilement.

                Agité, je retombai au fond de ma barque. Comment cette ancre avait-elle pu s’amarrer si fortement ? Et cette eau trouble…Je m’essuyai le front de mes mains moites. Un frémissement me parcourut tout entier. Peut-être que, dans cette tête qui était mienne, mes pensées se brouillaient jusqu’à me faire voir des choses inexistantes, peut-être que tout n’était qu’illusion, peut-être que… Non, je ne voulais pas : je pensais normalement, j’avais toujours pensé ainsi. Plus calme, je me relevai.
               
                J’étais à la fois bouleversé et éberlué mais bientôt, ce fut l’angoisse qui prit le dessus. C’était le sentiment qui ressortait le plus du paysage qui s’offrait à ma vue. La brume s’était levée : à présent, je pouvais voir les rives parsemées d’arbres nus et gris qui résistaient à la bise glaciale. Des herbes sèches fouettaient leurs troncs .Une bourrasque particulièrement violente les secoua et arracha aux corbeaux posés sur leurs branches un cri rauque, poussé à l’unisson, qui me laissa glacé d’effroi. Un imperceptible mouvement attira mon regard. En fixant intensément la rive, je reconnus une ombre rappelant vaguement une silhouette féline. Elle me fixait elle aussi de ses pupilles ambrées, seule chose que j’étais certain de discerner en elle, seule tache de couleur dans ce sombre paysage. Je détournai difficilement les yeux de cette vision et reportai toute mon attention sur l’ancre.

                L’eau avait également changé. Elle était tellement transparente que je pouvais voir le fond, auquel manquaient les poissons et les algues. Un gouffre s’étirait dans le sens de la longueur. Mon ancre était fichée en son fond ! Comment avait-elle pu arriver là ? Elle n’était pas du tout assez longue ! Interloqué, je me penchai davantage ; je me penchai trop, même. Tout bascula autour de moi. Je me retrouvai dans l’eau, attiré vers le fond par une force invisible mais irrésistible. Je ressortis la tête et vis l’ombre et ses pupilles ambrées qui semblaient avoir avalé la barque. Bientôt, le ne vis plus rien.

Guy de Maupassant, pour le début en italiques tiré de la nouvelle fantastique "Sur l'eau"
L.  (Quatrième) pour la suite

Une autre "Apparition"... : suite fantastique

(Suite fantastique donnée au début de la nouvelle de Maupassant intitulée Apparition : Le vieux marquis de la Tour Samuel, âgé de 82 ans, avoue à ses hôtes avoir vécu une étrange aventure, tellement étrange qu'elle est devenue l'obsession de sa vie.)


Le vieux marquis reprit son souffle. On pouvait voir les traits de son visage se crisper sous la peur qu’il subissait tous les jours à cause de l’effroyable aventure nocturne qu’il s’apprêtait à raconter.  Il posa son regard vitreux sur ses interlocuteurs qui l’écoutaient attentivement. Après une minute de silence il reprit d’un ton faible :
         « Je vais vous raconter ce qui s’est passé cette nuit là. Vous pouvez me prendre pour un fou, cela m’est égal car ce que j’ai vu était  à mes yeux bien réel. Je me souviens de chaque seconde, chaque bruit, chaque chose que j’ai vus. Mais comme toute mésaventure, il faut une cause. Voici la mienne. Dans ma jeunesse j’ai commis une grave erreur, une erreur qui me poursuit encore aujourd’hui. Lorsque j’avais vingt ans, j’avais tout pour moi : J’étais beau, jeune, fort et je pouvais détenir le cœur de n’importe qu’elle femme. Je tenais grâce à ma naissance, une place importante dans la société. J’étais donc souvent convié à des bals, des salons et d’autres cérémonies en tout genre. A cette époque-là  je ne recherchais que la richesse, la gloire et la puissance. Mon désir eut la chance de croiser le chemin de la Marquise de Bourguignon, une riche héritière : elle avait la plus grande fortune de France. Mais la pauvre fille, bien que riche avait peu de prétendants. Elle n’avait point de charme et était tellement sotte qu’aucun homme ne voulait entendre parler d’elle. Mais n’écoutant que ma soif de gloire, je la séduisis et devins rapidement son époux. »
Après ce bref récit pour évoquer l’origine du drame, Le marquis se posa sur sa chaise. Il passa sa main sur son front ridé pour essuyer la sueur qui perlait. Il était comme figé, incapable de bouger ou prononcer un seul mot. Il devait néanmoins se libérer du poids qui pesait lourd sur sa poitrine. Il continua, plus fatigué que jamais :
« Alors que mon épouse était en train de mourir d’une maladie incurable, j’étais en train de jouer aux cartes. Son état de santé ne me préoccupait guère puisque j’allais hériter de sa fortune. Quelques heures plus tard, elle mourut avec seulement notre domestique à son chevet. Je n’étais ni touché ni attristé.

Une semaine après, alors que je faisais une balade dans la forêt à une heure tardive, Je me sentis comme observé. J’accélérai donc le pas mais mon inquiétude ne cessa de grandir. A un moment, je crus entendre des craquements de feuilles et de branches. J’essayais de me rassurer en me disant que ce n’était qu’un animal qui passait par là. La nuit commençait à tomber et les bruits se faisaient de plus en plus fréquents.

 Je pensais perdre la tête, devenir fou. Je me mis à courir entre les branches qui donnaient l’impression que des ombres de monstres étaient prêts à vous dévorez. Ma respiration se bloquait, je ne distinguais plus rien ; mais j’aperçus enfin une vieille église abandonnée, à peine éclairée par la lune. Je voulus m’y réfugier. Affolé, j’y courus à toute vitesse mais des bourrasques de vent me ralentirent. J’avais l’impression qu’on me suivait. Enfin à l’intérieur, complètement épuisé, je mis mes mains sur mes genoux pour avoir un appui. Mes jambes tremblaient, j’avais l’impression qu’une tempête me tombait dessus. Le vent était si fort que je dus me coller contre un mur. Je ne distinguais plus rien, L’église était plongée dans le noir. J’étais perdu. J’avais le sentiment d’être aspiré par un trou noir ou d’être égaré au beau milieu d’un océan. Puis d’un seul coup les cloches de l’église résonnèrent. Ce lourd tintement vibrait dans ma tête, provoquant une douleur insupportable. Après un moment qui me parut interminable le silence se fit. Il était encore plus effroyable. Je me mis à regarder autour de moi dans l’espoir de voir quelque chose. La seule chose que je vis était une lueur blanchâtre qui se dirigeait lentement vers moi. Je croyais me trouver dans un rêve, mais je  fus horrifié de reconnaitre ma défunte épouse qui se positionna devant moi comme un fantôme. Cela me paraissait impossible mais pourtant c’était bien ce que je voyais. J’étais bouche bée. Cette forme scintillante ou ce fantôme -je ne sais trop de quoi il s’agissait- me fixait d’un regard meurtrier, cela me glaça le sang. La défunte me dit alors d’une voix grinçante :
            « Oui, c’est bien moi mon cher et tendre époux. Quel bonheur que de te voir effrayé. Tu es si peureux et naïf. Comment as-tu osé me laisser seule avec la domestique pendant mes derniers instants ? Tu vas payer pour ça. Je te maudis ! Désormais tu auras peur de la nuit, tu ne dormiras plus, tu vivras l’enfer sur terre, voilà tout ce que tu mérites. »
              Le conteur ferma les yeux. Il était secoué par la violence de ses propres mots. On aurait pu le prendre pour un malade mental. Il avait les cheveux hirsutes, ses yeux sortaient presque de leurs orbites et les traits de son visage étaient tendus. Il finit par conclure :
            « Depuis ce jour et comme elle me l’avait annoncé je vis un vrai enfer. Je ne l’ai plus revue, mais je sens encore sa présence qui me suit n’importe où. Je ne saurais comment expliquer rationnellement  ce qui s’est passé cette nuit-là et c’est ce qui me terrifie le plus. Mais désormais je suis sûr que les esprits des défunts subsistent et deviennent des fantômes qui reviennent accomplir leurs vengeances. »
             Toutes les personnes présentent se regardèrent troublées par ce récit. Toutes se posaient la même question : les fantômes sont-ils une légende ou une monstrueuse vérité ? Une chose était néanmoins sûre, le doute serait désormais ancré dans leurs esprits.
N. (Quatrième)